Co-construire la retraite de demain

Les équipes de la communauté Agirc-Arrco travaillent de plus en plus en architecture ouverte au sein de projets impliquant des acteurs multiples. Depuis le lancement de la première agence commune Cicas-Carsat jusqu’au partenariat avec les Urssaf pour le recouvrement des cotisations, en passant par la transformation de son appli mobile Smart’Retraite pour devenir la solution inter-régimes, l’Agirc-Arrco se mobilise à tous les niveaux, avec toute son expertise en ingénierie participative, afin d’offrir au plus grand nombre des services conjuguant proximité, simplicité et efficacité.

Le contexte

Les régimes de retraite collaborent au lancement de nouveaux services communs – à l’exemple de la demande unique de retraite en ligne – et à la construction en cours du répertoire de gestion des carrières unique (RGCU), un seul processus de gestion mutualisé, pierre angulaire du « Faisons-le une fois ». Au-delà de l’inter-régimes de retraite, les acteurs publics et sociaux renforcent leur coopération, afin de faciliter les démarches des usagers, à l’exemple des 2 000 maisons France Service – une dans chaque canton – qui seront ouvertes d’ici à 2022. Dans toutes ces dynamiques partenariales, l’Agirc-Arrco joue un rôle de premier plan.

1/ L’inter-régimes en horizon, le client au cœur de notre action

Du 30 septembre au 5 octobre 2019, les Rendez-vous de la Retraite ont accueilli près de 25 000 personnes sur tout le territoire, 20 % de plus par rapport à l’édition 2018. Pour cette édition, les conseillers des Cicas avaient invité leurs homologues des Carsat à les rejoindre, afin de dépasser les frontières entre les régimes et permettre aux actifs d’avoir une information sur l’ensemble de leur retraite. À l’image des Rendez-vous de la Retraite, devenus en trois ans la référence en matière d’information du grand public, l’Agirc-Arrco a développé un solide savoir-faire dans l’art de rassembler ses partenaires autour de services, d’outils, de projets qui construisent une retraite plus simple, plus accessible et plus lisible : aussi bien pour les actifs et les retraités que pour les entreprises, en pilotant des projets inter-régimes au niveau national, tout en nouant des alliances locales pour un service public de proximité. Au cœur de cette dynamique collective, une exigence : concevoir et réaliser chaque solution dans une perspective inter-régimes, avec une architecture, une modularité qui lui permette, demain, de servir l’ensemble de la population ou des entreprises, au-delà des seuls publics de l’Agirc-Arrco. « Nous avons la chance de former une communauté d’institutions qui a depuis longtemps pris l’habitude de développer des infrastructures et des services communs, au plus près des besoins de nos assurés. Du communautaire à l’inter-régimes, c’est un changement d’échelle, mais au fond le même esprit, la même démarche de co-construction inscrite dans notre histoire », remarque Olivier Steffgenn, directeur Activités communautaires et inter-régimes chez Malakoff Humanis (voir aussi l’interview de Frédéric Coutard). Pour encore développer cette aptitude au faire-ensemble, l’Agirc-Arrco a mis en place un parcours de montée en compétences inter-régimes, dédié dans un premier temps aux conseillers Cicas. « La totalité des 1 000 conseillers sera formée entre 2020 et 2021, avec une certification à la clé, afin de pouvoir informer et conseiller nos clients sur leurs problématiques dans tous les régimes », indique Benoît Eymery, responsable au centre de formation et des expertises métiers. Une garantie supplémentaire de qualité pour le public et un nouveau pas en avant pour l’inter-régimes.

2/ Une partition collective pour une retraite plus simple

« L’Agirc-Arrco, c’est l’histoire d’institutions multiples qui ont toujours su œuvrer ensemble, jusqu’à former un régime unique pour simplifier la retraite complémentaire des Français. Au fil de cette histoire, nos équipes ont forgé une expérience et un savoir-faire précieux pour la réussite de l’inter-régimes », souligne Frédéric Coutard, directeur du Produit Retraite à la Fédération Agirc-Arrco. Manifestation la plus visible de cet art du faire ensemble : l’éclosion de services innovants et populaires – du simulateur en ligne M@rel à l’appli mobile Smart’Retraite – créés ou expérimentés dans une institution de retraite complémentaire (IRC) puis déployés dans tout l’Agirc-Arrco, avant d’être promus au rang de solutions inter-régimes. « Nos outils et services sont construits dans une logique communautaire, donc multi-structures, ce qui les rend aisément généralisables. Et ce, d’autant plus que nous anticipons cette dimension universelle dès leur conception. Notre future plateforme de liquidation Alice, par exemple, est créée dans une architecture souple et modulaire qui permettra à d’autres régimes, si besoin, de s’y “plugger” sans difficulté, comme c’est déjà le cas pour le régime Ircantec », explique Yves Corriou, responsable MOA et processus métier à la direction du Produit Retraite. Une retraite plus simple, c’est aussi moins de formalités. Parmi les principaux projets en cours, l’Agirc-Arrco fait équipe avec la Cnav pour harmoniser les pièces justificatives demandées par les deux régimes, au moment de la liquidation, et en réduire le nombre. « Un groupe d’étude, composé de juristes des deux organismes, est parti des réclamations adressées par les nouveaux retraités et des remontées de nos réseaux respectifs – Cicas et Carsat –, afin d’identifier et d’éliminer les irritants, susceptibles d’occasionner une perte de temps », indique José Miralles, directeur des affaires réglementaires et juridiques à la Fédération Agirc-Arrco. Prochaine étape : la publication par la Cnav et l’Agirc-Arrco d’une circulaire fixant un socle allégé commun de pièces à joindre, lors du départ en retraite. Depuis le détail d’un formulaire papier jusqu’aux outils de big data, l’Agirc-Arrco s’engage avec ses partenaires pour une retraite accessible à tous et à tout âge.

3 questions à

François-Xavier Selleret, directeur général Agirc-Arrco

« Simplifier la retraite, c’est permettre aux Français de mieux la préparer »

Quel est l’enjeu principal de l’inter-régimes et, au-delà, d’une coopération renforcée entre acteurs sociaux ?

François-Xavier Selleret : Les Français ne pensent pas d’abord Agirc-Arrco, Cnav ou MSA, mais à leur retraite. C’est donc à nous, organismes sociaux, de nous fédérer pour leur offrir des solutions simples et accessibles, communes à tous les régimes. Ce processus est déjà bien engagé avec, entre autres, le lancement de services comme la demande unique de retraite et la correction de carrière en ligne, qui connaissent un grand succès.

Quel est l’objet de cette simplification ?

F.-X. S. : L’objectif premier est de faire en sorte que chacun, dès l’entrée dans la vie active, à tout moment et en tout lieu, puisse se connecter à sa future retraite et, avec une grande facilité, visualiser sa situation, actualiser sa carrière, mesurer l’impact d’une décision sur sa future pension, contacter un conseiller... C’est tout le sens de l’action que nous menons avec nos partenaires : permettre à chacun d’anticiper, tout au long de sa carrière.

Quel rôle joue l’Agirc-Arrco dans cette transformation ?

F.-X. S. : En ving-cinq ans, nous avons fait converger 49 régimes et autant de systèmes d’information pour créer un régime unique au service de 38 millions de clients. Forte de cette expérience unique, l’Agirc-Arrco agit à plusieurs niveaux : créateur de services inter-régimes innovants, pilote de projets précurseurs, telle la mutualisation du contrôle d’existence (voir p. 15) intégrateur de grands projets structurants, comme le RGCU (1), et sur le terrain, chaque jour, cheville ouvrière de coopérations entre caisses et centres d’accueil locaux pour faciliter la vie des assurés.

(1) Répertoire de gestion des carrières unique.

3 questions à

Frédéric Coutard, directeur du Produit Retraite à la Fédération Agirc-Arrco

« L’inter-régimes est dans notre ADN »

Quels sont, dans la perspective de l’inter-régimes, les atouts distinctifs de l’Agirc-Arrco ?

Frédéric Coutard : Tout au long de notre histoire, nous avons fait de l’inter-régimes sans le savoir, en rapprochant une multitude d’institutions, de réglementations, de SI, pour offrir à nos clients un service global, homogène et performant. Les équipes de l’Agirc-Arrco – Fédération et institutions de retraite complémentaire (IRC) – ont mis en œuvre depuis plus de vingt ans cette capacité à simplifier le complexe, à faire converger, à faire travailler ensemble une diversité d’acteurs, à conduire en continu d’importantes transformations, dans le respect des identités de chacun, pour réaliser des solutions porteuses de valeur et souvent pionnières : depuis l’Usine Retraite (1) jusqu’aux Experts Retraite (2) en passant par le réseau d’accueil et d’information en Cicas, gérés par cinq IRC mais parlant d’une seule voix.

Comment faire valoir cette expertise au sein de l’inter-régimes ?

F. C. : Elle prévaut presque naturellement. Parce que nos IRC ont mutualisé avec succès le contrôle de l’existence des retraités à l’étranger, le GIP Union Retraite nous a choisis pour piloter le même type de projet à l’échelle des régimes de retraite. Parce que nous avons généralisé à tout l’Agirc-Arrco certaines innovations remarquables des IRC, celles-ci ont acquis la dimension suffisante pour devenir des services inter-régimes. Tous nos projets de transformation intra Agirc-Arrco sont des candidats naturels à l’inter-régimes, car ils relèvent d’une démarche de rationalisation, de convergence et de mutualisation de nos SI, de nos processus et de nos organisations.

Où en sommes-nous aujourd’hui de cette simplification ?

F. C. : Le « Disons-le une fois » – information du public commune à tous les régimes – est en grande partie réalisé. Le « Dites-le nous une fois » – l’assuré effectue une seule démarche pour tous les régimes – monte en puissance avec l’ouverture de services inter-régimes en ligne : demande unique de retraite, et correction de carrière en 2019, demande unique de réversion en 2020. Quant au « Faisons-le une fois » – un seul et même processus opéré pour tous les régimes –, il requiert des changements importants et des outils informatiques nouveaux, par exemple l’achèvement du RGCU (3), centralisant l’ensemble des données relatives à la carrière des Français. Dans tous ces grands projets, l’Agirc-Arrco joue un rôle très actif et apporte une capacité à mettre en œuvre une vision, une stratégie.

(1) L’Usine Retraite est l’applicatif informatique qui permet la gestion des processus de la retraite complémentaire. Les Usines Retraite sont déployées et exploitées pour chaque groupe de protection sociale par une plateforme commune, sauf pour les groupes de l’alliance professionnelle (Agrica, Audiens, B2V, IRP AUTO, Lourmel et PRO BTP) dont les applicatifs sont exploités par une seconde plateforme. (2) Les experts retraite Agirc-Arrco sont accessibles en ligne chaque jour pour répondre aux questions sur sa retraite, ses démarches : lesexpertsretraite.agirc-arrco.fr (3) RGCU : Répertoire de gestion des carrières unique.

3/ Mobiliser sur les territoires pour une retraite de proximité

« L’inter-régimes, ce sont de grands chantiers conduits au niveau national, depuis le compte personnel retraite jusqu’au RGCU, en passant par la demande unique de retraite en ligne... Et c’est aussi, dans les territoires, une intensification des coopérations entre acteurs locaux, avec toujours pour but de rendre la retraite plus accessible, plus simple et plus lisible », relève Delphine Brillat, responsable du réseau Cicas à la Fédération Agirc-Arrco. L’Agirc-Arrco est un précurseur de cet inter-régimes de terrain : depuis 1991, ses centres d’information et d’accueil Cicas assurent ainsi l’interlocution avec l’assuré pour le compte de l’Ircantec, qui représente aujourd’hui entre 20 et 25 % de près de 800 000 dossiers traités chaque année. Aujourd’hui, ses centres collaborent de façon plus poussée avec les caisses d’assurance retraite (Carsat), émanations régionales de la Caisse nationale d’Assurance vieillesse (Cnav). « Nous avons désigné dans chaque région un responsable régional Agirc-Arrco, en charge de piloter avec son homologue du régime de base la construction de partenariats et d’une feuille de route commune », explique Lætitia Geneste, directrice des Cicas gérés par AG2R La Mondiale. Parmi les premières concrétisations de cette démarche : lors des Rendez-vous de la Retraite, du 30 septembre au 5 octobre 2019, 30 % des Cicas ont accueilli des conseillers Carsat pour répondre conjointement aux questions du public. Une façon d’amplifier les dynamiques initiées dans plusieurs régions, à l’instar de la Bretagne. « Dans le cadre de la stratégie de maillage territorial élaborée avec la Carsat, nous avons réalisé ensemble, en 2019, plus de 40 réunions en entreprise, 14 actions à destination des publics fragilisés, quatre interventions au sein de l’espace emploi Agirc-Arrco et de nombreuses communications à deux voix dans les médias régionaux et sur les réseaux sociaux. En 2020, nous allons développer ces actions communes, très appréciées du public car elles parlent de la retraite dans sa globalité », détaille Laure Cossoul, responsable régionale Cicas – Nord-Ouest. Dans les territoires, l’inter-régimes progresse d’autant plus vite que les équipes « de base » et « complémentaire » apprennent à se connaître et à travailler ensemble. La preuve en cinq exemples !

4/ Des savoir-faire pluriels au service des entreprises

Depuis le 1er janvier 2019, les entreprises bénéficient d’un allègement de cotisations patronales, incluant une réduction de leurs cotisations de retraite complémentaire. Pour la mettre en œuvre, l’Agirc-Arrco et l’Acoss – la caisse nationale des Urssaf – ont formé, en 2017, un groupe de travail commun, supervisé par la direction de la Sécurité sociale (DSS). Au cours de ce projet, l’Agirc-Arrco a fait valoir auprès de ses partenaires un atout distinctif : sa capacité à vérifier l’éligibilité des entreprises au dispositif d’allègement. Une faculté directement issue du cœur de métier des institutions de retraite complémentaire, impliquant un calcul à la maille individuelle des cotisations et des droits afférents. « Dans le cadre de la DSN, nous contrôlons chaque mois, au fil de 160 tests automatisés, la justesse des assiettes et des cotisations – donc des allègements – déclarées par les entreprises pour chaque salarié. En bref, là où les Urssaf contrôlent a posteriori et sur échantillonnage, nous fiabilisons a priori et sur 100 % des feuilles de paie », résume Nicolas Sanabré, responsable de la cellule Agirc-Arrco, qui a mené à bien la mise en œuvre des allègements de charges.

Changer la donne

Mis en musique sans fausses notes, le projet a ainsi révélé la complémentarité entre l’Acoss et l’Agirc-Arrco, et contribué à infléchir le cours d’un second chantier d’envergure : le transfert des activités de recouvrement de l’Agirc-Arrco à l’Urssaf, programmé par les pouvoirs publics au 1er janvier 2022, en prélude à la création d’une organisation unifiée de recouvrement fiscal et social. « Au lieu d’un transfert pur et dur, scénario jusqu’alors privilégié par les autorités de tutelle, nous avons mis en avant les compétences de l’Agirc-Arrco pour démontrer une véritable complémentarité avec nos collègues des Urssaf. Nous mettons en œuvre un projet commun qui valorise et capitalise sur nos expertises spécifiques », indique Frédéric Coutard, directeur du Produit Retraite Agirc-Arrco. Dans cette nouvelle donne, l’Agirc-Arrco apporte ses compétences de fiabilisation des données individuelles de paye, alors que les Urssaf mettent à la disposition du recouvrement des cotisations Agirc-Arrco leurs outils et processus industriels en la matière. « Grâce à l’union de nos institutions de retraite, nous avons pu construire un schéma pérenne – et asseoir le rôle de l’Agirc-Arrco – qui réponde à l’objectif de rationalisation du recouvrement des cotisations sociales et profite à l’ensemble de la protection sociale par la fiabilisation des données de paye individuelles que nous transmettent les entreprises. Ce n’était clairement pas le chemin évident, mais nous avons su, avec l’Acoss, trouver la route la plus utile à l’intérêt général », souligne Frédéric Coutard. En recouvrement comme dans tous ses métiers, la communauté Agirc-Arrco n’est jamais aussi performante et utile que groupée.

CE QU’IL FAUT RETENIR

  • L’Agirc-Arrco exerce un rôle majeur au sein de l’inter-régimes, afin de construire un système de retraite plus simple, plus accessible et plus lisible pour les citoyens comme pour les entreprises. L’enjeu central : permettre à chacun, tout au long de la vie, de mieux appréhender sa retraite et donc de mieux la préparer.
  • L’expérience dans la conduite de grandes transformations combinée à la poursuite de la rationalisation de son propre fonctionnement, font de l’Agirc-Arrco un acteur clé pour la construction du système de retraite de demain.
  • Dans ces grands projets collectifs, les équipes de l’Agirc-Arrco mobilisent toute la palette des savoir-faire forgés au fil de son histoire : celle d’un rapprochement réussi entre 49 régimes et autant de systèmes d’information, pour créer un régime unique, pérenne et performant au service de 38 millions de clients.

Prochain dossier :

La gestion financière de l’Agirc-Arrco