GIP Union Retraite: deux grands projets au service des assurés

Le contrat d’objectifs pluriannuels de simplification et de mutualisation de l’assurance vieillesse, conclu entre l’État et l’Union Retraite pour la période 2015-2018, prévoit la mise en œuvre de deux chantiers majeurs : d’une part, le Répertoire de gestion des carrières unique (RGCU) qui regroupera, pour chaque assuré, les informations relatives à sa carrière dans tous les régimes de retraite ; d’autre part, le portail commun inter-régimes, qui offrira au public en accès libre un large bouquet de services en ligne. Focus sur deux projets structurants, mobilisant l’ensemble des régimes, porteurs d’efficacité et de simplicité au service des assurés.

1/ Un répertoire unique, préalable à la simplification

C’est l’un des chantiers majeurs confiés par l’État au GIP Union Retraite, dans le cadre du contrat d’objectifs pluriannuels pour la période 2015-2018: construire un Répertoire de gestion des carrières unique (RGCU). Ce nouvel outil centralisera l’ensemble des données de carrière collectées par les 35 régimes de retraite légalement obligatoires, avec à la clé des bénéfices importants pour les assurés : une vision globale de leur carrière ; un contrôle en amont de l’exhaustivité et de la justesse des informations personnelles et professionnelles ; une simplification, une sécurisation et une accélération des démarches préalables à la liquidation de la retraite – en particulier la détermination des durées d’assurance. « Le RGCU est conçu pour se substituer, à terme, aux outils de gestion de carrière des différents organismes. Il s’agit d’un projet de grande envergure, structurant, à travers lequel se modélise et se renforce la coopération inter-régimes. C’est, en quelque sorte, « la mère de toutes les batailles », résume Jean-Luc Izard, directeur du GIP Union Retraite (voir interview page 14). Une bataille aujourd’hui bien engagée. La gouvernance du projet est mise en place – avec la Cnav en chef de file opérationnel –, les cahiers des charges définis et validés, les équipes à pied d’œuvre et le planning arrêté. La migration des données de carrière, depuis les référentiels des 35 régimes de retraite jusqu’au RGCU, s’étalera entre 2018 et 2021, au rythme d’un organisme par mois.

Une démarche d’anticipation

Pour l’ensemble Agirc-Arrco, la migration des données interviendra en 2020. Un chantier d’autant plus complexe qu’il nécessite, au préalable, l’aboutissement d’autres grands travaux. « Dans le cadre de l’accord national interprofessionnel du 13 mars 2013, qui prévoit une réduction de 200 millions d’euros des dépenses informatiques, nous déployons un vaste plan de transformation(1) visant à créer un système d’information retraite complémentaire (SI-RC) plus agile, plus réactif, plus performant, unique et centralisé », rappelle Thierry Diméglio, directeur des systèmes d’information retraite complémentaire. Parmi les pièces maîtresses de ce plan : la mise en service, en 2017, d’un Référentiel national de gestion des droits permettant une gestion unifiée des droits à retraite complémentaire. Un outil développé aujourd’hui dans une logique d’interaction permanente avec le Répertoire de gestion des carrières unique. « Notre Référentiel national devra, à terme, s’appuyer sur les données de carrière du RGCU, et lui communiquer en retour les points de retraite Agirc et Arrco(2). Le nouveau répertoire sera ainsi en mesure de communiquer à l’assuré des points de retraite complémentaire fiables et à jour », explique Anthony Wimmer, pour la DSI-RC. Même démarche d’anticipation à la Cnav, premier régime de retraite à basculer vers le RGCU, dès 2018. Une migration pilotée en coordination avec une autre réforme, sans doute la plus ambitieuse menée depuis 1945 : la liquidation unique des retraites des régimes de base(3) – Cnav, MSA salariés, RSI –, le dernier régime d’affiliation se chargeant de liquider et de verser une pension unique au nom des trois organismes. Un projet démarré en 2014 et conduit à une cadence élevée, en vue d’une application au 1er janvier 2017. « En centralisant les données, donc en facilitant le rapprochement et la rectification des carrières, le RGCU s’inscrit parfaitement dans ce grand projet », souligne Pierre Mayeur, directeur de la Cnav. C’est tout le sens et l’intérêt de l’inter-régimes : insérer des projets internes au sein de chantiers collectifs, et réciproquement. Ou comment gérer la complexité pour simplifier la vie des assurés.

(1) Lire les Cahiers de la retraite complémentaire n° 21, p. 12-18.
(2) En 2020, il s’agira d’ailleurs de points « Régime Unifié ».
(3) On les appelle également régimes alignés : régimes ayant choisi, en 1973, de se rapprocher du régime général en adoptant les mêmes règles pour le calcul des droits à la retraite. L’alignement concerne les régimes de base.

QUESTIONS À

Jean-Luc Izard, directeur du GIP Union Retraite

Quelles sont les grandes étapes, passées et à venir, pour la réalisation du RGCU ?
Jean-Luc Izard : Nous avons déjà franchi plusieurs étapes importantes : définition de la nature et du périmètre du RGCU – une base des carrières unique, commune et partagée ; élaboration du calendrier de mise en œuvre, sur lequel se sont positionnés les différents régimes ; validation des cahiers des charges ; mise en place de la gouvernance et lancement de l’équipe projet ; conception de la méthodologie d’évaluation et de suivi des coûts... À partir de la fin 2017 et jusqu’en 2021, la bascule et la migration des régimes vers le RGCU, à raison d’un organisme par mois, seront autant d’échéances décisives.

Quels sont les facteurs clés pour la réussite du RGCU ?
J.-L. I. : Sur un projet marathon comme celui-ci, le rythme, le tempo, et donc la capacité à tenir les délais, à rester focalisé sur l’objectif, sont déterminants pour la dynamique collective et requièrent une mobilisation soutenue des régimes. Il s’agit également, pour chacun des partenaires, d’anticiper l’impact de la migration des données, à tous les niveaux : coût, technologie, organisation et processus métiers...

Quels bénéfices pour les assurés ?
J.-L. I. : Une simplification et une sécurisation de toutes les opérations préalables à la liquidation de la retraite, en même temps qu’un accès plus direct à une information exhaustive. En bref, il ne sera plus nécessaire de reconstituer la carrière à partir de données éparpillées. Le service aux assurés s’en trouvera considérablement amélioré.

Contexte

Créé par la loi du 20 janvier 2014, dans la continuité du GIP Info-Retraite, le GIP Union Retraite regroupe les 35 régimes de retraite légalement obligatoires. Il met en commun une partie de leurs ressources et pilote des projets inter-régimes visant à simplifier la relation avec les assurés, suivant trois grandes priorités :

  • moderniser les services rendus ;
  • mettre en œuvre des chantiers structurants pour l’avenir du système de retraite ;
  • faire progresser le droit à l’information des particuliers.

La réalisation d’un Répertoire de gestion des carrières unique et d’un portail commun inter-régimes s’inscrit dans cette démarche.

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2/ Le portail commun inter-régimes, un vrai plus pour les assurés

Délivrer à l’ensemble des assurés une information synthétique et immédiatement compréhensible, proposer de nouveaux services qui facilitent, accélèrent et simplifient leurs démarches, offrir une porte d’accès généraliste vers les sites des différents régimes : tels sont les bénéfices attendus du portail commun, développé par la Cnav dans le cadre des grands projets inter-régimes pilotés par le GIP Union Retraite et recetté par l’Agirc-Arrco. « Ce portail doit se concevoir en complémentarité, et non en concurrence des portails propres aux différents régimes. Il n’a pas vocation à les remplacer, mais à fluidifier l’accès aux services existants et à les enrichir d’une gamme d’outils et de fonctionnalités élaborés en commun », souligne Pierre Mayeur, directeur de la Cnav. Le nouveau portail se présente ainsi comme une version considérablement étoffée du site Info Retraite. Il bénéficiera à tous les publics – actifs, allocataires, personnes en demande de liquidation – et permettra à chacun d’accéder à des services sur mesure, au sein d’un espace personnel sécurisé. « Nous allons intégrer dans le portail, en 2016, une première série de prestations digitales, comme l’Estimation indicative globale (EIG) et le Relevé de situation individuelle (RIS) en ligne, ou encore le simulateur de retraite inter-régimes. Pour 2017, le choix des services à proposer devra résulter d’un consensus entre tous les régimes partenaires au sein du GIP Union Retraite », précise Pierre Mayeur.

Une vision panoramique des carrières

À terme, le portail commun inter-régimes offrira une large gamme de services. D’abord, des outils qui procurent à l’assuré une vision globale et transversale de sa carrière. Certains services existent déjà aujourd’hui. Le relevé de situation individuelle est disponible en ligne sur les sites des régimes et une application sur le site Info Retraite (et sur le site Agirc-Arrco) permet à l’assuré – une fois son numéro de Sécurité sociale renseigné – d’obtenir la liste de tous les régimes auxquels il a cotisé. Dès le dernier trimestre 2016, le nouveau portail accueillera d’autres outils transverses, comme le simulateur de retraite inter-régimes développé par l’Agirc-Arrco. Celui-ci permettra aux assurés de réaliser eux-mêmes une estimation de leurs droits à retraite. « Une simulation utile, notamment pour détecter et corriger plus rapidement d’éventuelles omissions dans le déroulé de sa carrière. Et ainsi, mieux anticiper son départ en retraite », indique Frédéric Coutard, directeur du Produit retraite Agirc-Arrco. Le portail commun offrira également la possibilité de centraliser dans son espace personnel des services aujourd’hui proposés séparément sur les sites des régimes de retraite. Entre autres fonctionnalités à l’étude : recevoir les attestations fiscales émanant de ses organismes de retraite ; consulter l’état d’avancement de dossiers en cours de traitement dans différents régimes ; ou encore télécharger un document demandé par une ou plusieurs caisses. Au lieu de procéder à de multiples démarches auprès des caisses dont il dépend, l’assuré pourrait n’en effectuer qu’une seule au sein du portail commun.

Un bouquet de services en ligne

Une logique qui, en cas d’accord entre les partenaires au sein du GIP Union Retraite, pourrait aboutir à une troisième amélioration majeure pour les particuliers : ne réaliser qu’une seule demande de liquidation, en ligne sur le portail commun, avant que celle-ci ne soit traitée par les organismes de retraite compétents. « Avec, entre ces organismes, des processus harmonisés pour faciliter les démarches du demandeur. Par exemple, la validation d’une pièce justificative par un régime vaudrait validation pour tous les autres », détaille Frédéric Coutard. Tout en travaillant à ces différentes options, l’ensemble des partenaires planchent sur l’ergonomie du portail commun. Parmi les innovations en phase de test : le système d’authentification universel FranceConnect. Un outil qui permet à l’assuré de s’identifier en toute simplicité et en parfaite sécurité, avec un seul mot de passe pour toutes les administrations en ligne (impôts, mairie, Sécurité sociale...). Autre élément important pour la convivialité du portail : le conseiller virtuel, déjà présent sur le site Info Retraite, avec pour mission de répondre aux questions des internautes (à partir de mots clés) et de les orienter vers des adresses web utiles.

REPÈRES

Le simulateur entre dans la réalité

Pour développer le simulateur de retraite inter-régimes, l’Agirc-Arrco s’est appuyé sur un outil existant, mis au point par Malakoff Médéric. « Après analyse, il nous est apparu comme le plus souple et le plus complet », explique Alain Korenblitt, chef de projet à la direction du Produit retraite, en charge d’élaborer le nouvel outil. Son équipe a adopté, en accord avec la DSI, une démarche d’enrichissement et de déploiement progressif, en étroite collaboration avec les services internes de l’Agirc-Arrco (communication, formation, juridique, institutionnel) et les partenaires engagés dans le projet (Malakoff Médéric, Cnav)

  • Novembre 2014 : mise à disposition d’une première version du simulateur pour les gestionnaires et les conseillers retraite des groupes de protection sociale
  • Mai 2016 : mise en ligne de l’outil, ouvert à tous les internautes.
  • « Ils pourront réaliser eux-mêmes une simulation, avant de l’affiner avec leur conseiller retraite », indique Alain Korenblitt.
  • Septembre 2016 : récupération des carrières tous régimes au sein du simulateur.
    « Une autre échéance importante : la carrière ne sera plus reconstituée, mais effectivement intégrée. Cela donnera plus de précision à la simulation et nous permettra de couvrir 95 % des situations professionnelles, souligne Alain Korenblitt.
    C’est cette version du simulateur qui sera intégrée dans la première version du portail inter-régimes. »

Inscrire la digitalisation dans une logique communautaire

Pour l’ensemble Agirc-Arrco, la contribution au développement du portail inter-régimes s’inscrit dans le cadre d’une stratégie digitale ambitieuse. « Nous généralisons les services en ligne au bénéfice des particuliers et des entreprises, afin que, d’ici deux à trois ans, l’ensemble des démarches effectuées par courrier, téléphone ou en face à face puisse également se faire sur le web. Et plus particulièrement sur le web mobile », résume Frédéric Coutard. Une stratégie qui requiert, pour chaque projet, une vision globale intégrant les possibilités d’harmonisation et d’interconnexion avec les services digitaux développés par les autres régimes de retraite. « C’est un effet vertueux de chantiers structurants comme le portail inter-régimes ou le Répertoire de gestion des carrières unique (RGCU) : ils nous incitent à dépasser notre périmètre propre et à nous placer dans une logique commune, porteuse d’efficacité et de simplicité pour les assurés », conclut Pierre Mayeur.

TÉMOIGNAGES

Sabine Ledevin, direction Relation Clients Retraite, groupe Humanis

« La formation proposée par l’Agirc-Arrco, en octobre 2015, nous a été très utile pour bien comprendre la logique du simulateur – au-delà de sa facilité d’emploi, de son aspect ludique – et apprendre à le renseigner précisément. La formation a été suivie par six formateurs relais d’Humanis, qui l’ont ensuite répercutée auprès des trente-cinq collaborateurs du groupe en charge des Entretiens information retraite (EIR). Aujourd’hui, nous utilisons le simulateur dans certains cas précis. Par exemple, quand un assuré a besoin d’une évaluation de sa situation dans un délai court, qui ne laisse pas le temps de constituer l’Estimation indicative globale (EIG). Parallèlement, nous effectuons sur le simulateur des tests de plus en plus poussés, à partir de cas réels, et communiquons régulièrement nos remarques à l’Agirc-Arrco. Un échange qui permet de perfectionner notre maîtrise de l’outil, et de l’intégrer progressivement dans le travail des conseillers. »

Philippe Damaso, responsable de projet pédagogique, Centre de formation Agirc-Arrco

« Plus de soixante-dix conseillers et gestionnaires des groupes de protection sociale ont suivi, en octobre dernier, nos formations à l’utilisation du simulateur de retraite inter-régimes. Des formations réalisées en étroite collaboration avec l’équipe MOA – maîtrise d’ouvrage – de l’Agirc-Arrco, en charge du développement de l’outil. Les sessions poursuivaient un double objectif : expliquer la construction et la finalité du simulateur ; faciliter sa prise en main et son appropriation. Avec notamment un travail sur des cas pratiques, au plus près des situations que peuvent rencontrer les conseillers, dans le cadre notamment des Entretiens information retraite. L’enjeu était également de bien positionner l’outil comme une aide à l’estimation, une projection à un instant donné, qui ne saurait évidemment remplacer l’étude détaillée et le calcul des droits effectifs réalisés par les conseillers au moment du départ en retraite. Les professionnels qui ont suivi la formation jouent aujourd’hui un rôle moteur dans la diffusion des bonnes pratiques associées au simulateur. »

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