« Mettre notre expérience au service du système de retraite de demain »

Thierry Diméglio, directeur des systèmes d’information retraite complémentaire de l’Agirc-Arrco, met en lumière le rôle des équipes informatiques dans la construction du futur système de retraite.

L’Agirc-Arrco a une certaine expérience des fusions réussies, à commencer par celle des systèmes d’information...

Thierry Diméglio : La convergence informatique a été un chantier colossal que nous avons mené pendant dix ans, entre 2005 et 2015. Durant cette période, nous avons travaillé à faire converger les 66 systèmes d’information des groupes de protection sociale, pour aboutir à un seul système en 2019. Nous sommes passés de 44 plateformes informatiques à deux. Nous avons investi un million de jours hommes pour bâtir l’Usine Retraite (1) : 400 000 jours pour la fabriquer et 600 000 pour la déployer. C’est absolument considérable !

Quelles en ont été les applications concrètes ?

T. D. : Grâce à ces travaux, nous avons pu mettre en œuvre des projets d’envergure, comme la mensualisation du paiement des cotisations d’entreprise et des versements de retraite complémentaire, la déclaration sociale nominative ou encore le régime unifié Agirc-Arrco. Si nous avions laissé la situation telle qu’elle était au début des années 2000, nous aurions été obligés, pour chacun de ces projets, d’itérer tous les déploiements dans chaque SI des groupes, cumulant ainsi les risques d’erreurs et de retard ! Aujourd’hui, nous sommes capables de répondre de manière unifiée aux demandes des pouvoirs publics et de nos partenaires sociaux. 

Depuis, l’Agirc-Arrco a lancé un ambitieux plan de transformation de son SI…

T. D. : En effet, depuis 2015, nous avons engagé la centralisation de tous les applicatifs de gestion. Un certain nombre de fonctions actuellement prises en charge par l’Usine Retraite sont en cours d’écriture pour être migrées vers le système d’information central : le répertoire national de gestion des droits, la liquidation, le paiement des prestations, etc. Nous allons donc progressivement passer d’un système unique mais non centralisé – l’Usine Retraite – à un système unique et centralisé : le système d’information de la retraite complémentaire. C’est une étape importante que nous devons mener à son terme, afin d’appréhender sereinement le futur système de retraite. 

Et justement, quelle pierre l’Agirc-Arrco pourra-t-elle apporter au futur édifice ? 

T. D. : Nous avons notre carte à jouer car tout reste à construire. À commencer par notre capacité à mener à bien des projets de grande envergure. À ce titre, notre expérience de dix années de convergence informatique est un atout.
Nous sommes déjà engagés dans des travaux avec les autres régimes de retraite. Nous contribuons notamment à la mise en production du répertoire de gestion des carrières unique (RGCU)(2), la toute première brique d’un futur système de retraite. De plus, tous nos projets informatiques, nous les pensons « inter-régimes ». Par exemple, notre future plateforme de liquidation (3) a été conçue de telle sorte qu’elle puisse être utilisée demain par d’autres régimes de retraite.
Autre atout, notre savoir-faire en matière de calcul des cotisations à la maille individuelle. À l’horizon 2022, lorsque le recouvrement des cotisations sera transféré à l’Acoss, l’Agirc-Arrco pourra mettre à la disposition des organismes ses compétences en matière de calcul et de fiabilisation des cotisations et d’attribution de droits sur la base des cotisations calculées.

Quel avenir, demain, pour nos équipes ?

T. D. : Le paysage est mouvant. Souvenons-nous qu’il y a dix ans les équipes ne faisaient pas la même chose, et qu’il en sera de même dans les dix prochaines années. Notre riche expérience nous permettra de rester mobilisés sur des projets intéressants. Nous allons nous appuyer sur nos forces et mettre notre expérience au service du système de retraite de demain. 

(1)    L’Usine Retraite est l’applicatif informatique qui permet la gestion des processus de la retraite complémentaire. Les Usines Retraite sont déployées et exploitées pour chaque groupe de protection sociale par une plateforme commune, sauf pour les groupes de l’alliance professionnelle (Agrica, Audiens, B2V, IRP AUTO, Lourmel et PRO BTP) dont les applicatifs sont exploités par une seconde plateforme.
(2)    Voir les Cahiers de la retraite complémentaire n° 36, novembre 2019
(3)    Programme Alice, prochainement dans les Cahiers de la retraite complémentaire.