Mieux vaut prévenir que guérir

Depuis plus d’un demi-siècle, les centres de prévention Agirc-Arrco œuvrent pour accompagner l’avancée en âge. Ils valorisent et développent la prévention en proposant aux 50 ans et plus de bénéficier d’un bilan personnalisé.

Eliana Alonso, médecin-directeur du centre de prévention d’Île-de-France, nous explique ce qu’est la prévention primaire.

On entend souvent parler de prévention primaire, secondaire et tertiaire. Expliquez-nous ce que cela veut dire concrètement ?
Eliana Alonso : Faire de la prévention, c’est veiller à ce qu’une personne vieillisse en bonne santé. En prévention primaire, on intervient bien avant que la maladie ou la perte d’autonomie apparaisse. Lors de la prévention secondaire, on agit à un stade précoce de la maladie. En prévention tertiaire, on essaie de limiter les risques de complication ou de récidive d’une maladie.

Quelle approche est proposée dans les centres de prévention Agirc-Arrco ?
E. A. : Nous faisons essentiellement de la prévention primaire en ayant une approche globale de la personne. Nous éduquons à la santé pour changer les comportements, comme la façon de bouger, de manger. Il y a 14 centres de prévention Bien Vieillir Agirc-Arrco et 250 antennes régionales dans toute la France. Toutes les personnes de 50 ans et plus ainsi que leur conjoint peuvent bénéficier d’un bilan médico-psycho-social qui nous permet de connaître leur mode de vie. Il consiste en une rencontre d’une heure avec un médecin, suivie d’une heure avec un psychologue. À l’issue des deux heures, le bénéficiaire sort avec un plan de prévention personnalisé, un état des lieux de sa situation de santé, ses facteurs de risque...

Et ensuite ?
E. A. :Nous proposons au bénéficiaire un parcours de prévention qui lui mettra le pied à l’étrier. Il se compose de conseils prioritaires, comme se faire vacciner ou consulter son médecin traitant, d’ateliers sur la nutrition, le sommeil, la mémoire, le tabac. Nous offrons aussi dix séances d’activité physique telle le yoga ou encore le tai-chi, très intéressant contre la perte d’équilibre, etc. Pour compléter le dispositif, il y a des conférences sur la perte de mémoire, les problèmes de sommeil, la perte d’audition. Nous pouvons aussi les orienter vers l’espace « idées bien chez moi » Agirc-Arrco(1), proposant des conférences sur des thématiques diverses et des conseils sur l’habitat avec un appartement témoin pour aider à adapter son logement.

Des bilans spécifiques sont également proposés aux aidants ?
E. A. :31 % des aidants délaissent leur propre santé (baromètre BVA, avril 2018), et un tiers des aidants meurt avant la personne aidée. C’est pourquoi les centres de prévention proposent des bilans spécifiques pour les aidants. Si nous repérons une situation d’aidance, à la suite du questionnaire que le bénéficiaire aura rempli avant l’entretien en face à face, nous estimerons son état d’épuisement et ses fragilités. Nous lui proposerons des aides spécifiques, comme des solutions de répit, de la stimulation par de l’activité physique, d’échanger avec un psychologue… Nous avons aussi un atelier d’aide aux aidants qui leur permet de parler librement de leurs problématiques souvent proches. Plus de 500 personnes ont bénéficié du protocole pour aidants en 2018.

Comment les personnes sont-elles sollicitées ?
E. A. :En 2019, plus de 4 000 bilans ont été réalisés dans le centre de prévention d’Île-de-France et plus de 26 000 sur la France entière. La majorité des personnes sont invitées par courrier postal ou par e-mailing envoyé par leur institution de retraite complémentaire et la fédération Agirc-Arrco.

L’Organisation mondiale de la santé a aussi mis en place un protocole sur le bien vieillir en bonne santé...
E. A. :Du fait de l’augmentation de l’espérance de vie et du vieillissement de la population, l’OMS a mis en place un protocole pour détecter les fragilités des populations partout dans le monde, cela, afin de lancer un plan d’actions pour vieillir en bonne santé. Le protocole comprend quatre niveaux qui vont d’un auto-diagnostic des fonctions de base à un bilan avec des spécialistes pour dépister et tester la mémoire, la marche… Les bilans de nos centres de prévention Agirc-Arrco sont exhaustifs, globaux et bien construits. Ils pourraient s’inscrire dans la stratégie de l’OMS. Le centre de prévention de Toulouse est actuellement pilote dans la mise en place du niveau 1 de leur protocole.

Quelles sont les actions prévues en 2020 dans le centre de prévention d’Île-de-France ?
E. A. :Notre ambition collective est d’aller là où se trouvent les besoins et les attentes des assurés. Nous envisageons de faire des actions décentralisées avec l’ouverture d’antennes dans d’autres départements d’Île-de-France et même dans des villes non couvertes par des centres de prévention, comme Orléans et Chartres

(1) Situé au 7 rue de la cité Paradis 75010 Paris, cet espace accueille le public gratuitement et sans rendez-vous, du lundi au vendredi, de 9 h à 12 h 30 et de 14 h à 17 h 30.

MINI BIO

  • Eliana Alonso est médecin interniste et spécialiste en gériatrie.
  • De 2002 à 2008, elle pratique à l’hôpital public Henri-Mondor puis elle a, de 2009 à 2018, la responsabilité de l’hôpital de jour, avec notamment les consultations mémoire et le suivi des malades d’Alzheimer.
  • Depuis novembre 2018, Eliana Alonso est médecin-directeur du centre de prévention d’Île-de-France, 12 rue Pirandello à Paris. Le centre de prévention d’Île-de-France regroupe les centres de prévention de Chabrol (Paris 10e), de Pirandello (Paris 13e) ainsi que trois antennes externes à Vitry, Versailles et Rosny-sous-Bois.

Covid-19 : des appels de soutien et de convivialité

Les équipes des centres de prévention, médecins, psychologues et personnel administratif (fermés au public dès le début du confinement) se sont très vite mobilisées. Elles réalisent depuis le début de la crise sanitaire des appels téléphoniques pour prendre des nouvelles de leurs bénéficiaires et ont mis en place des cellules de soutien et de suivi en particulier avec les appels des médecins et psychologues.
Placées sous le signe de l’écoute et de la proximité, ces actions permettent également aux collaborateurs d’évaluer la situation des personnes et de les conseiller au mieux pendant cette période difficile, en les orientant par exemple vers l’aide aux courses mise en place par l’Agirc-Arrco pour les personnes isolées âgées de 70 ans et plus.
Fin juin, plus de 10 000 personnes avaient déjà bénéficié de ce service gratuit particulièrement apprécié des personnes contactées.