Régimes de retraite : évolutions et tendances européennes

Vieillissement de la population, crise économique, hausse des prélèvements obligatoires… Dans tous les pays européens, les régimes de retraite sont contraints d’évoluer afin de garantir un niveau minimal de pension aux retraités. Les grandes tendances.

Partout en Europe, les régimes de retraite sont confrontés au profond vieillissement des populations qui entraîne mécaniquement la dégradation du rapport cotisants/retraités. La crise financière et économique de 2008 a encore augmenté la pression. Face à cette situation, la politique préconisée par l’Union européenne et suivie par les États membres a pour objectif de contenir l’augmentation des prélèvements obligatoires dont les niveaux sont dans l’ensemble très élevés par rapport à ceux des pays non-membres de l’Union européenne, mais aussi d’éviter une trop grande pauvreté des retraités. Les solutions sont peu nombreuses : relever l’âge du départ à la retraite et augmenter les taux d’activité tout en maintenant des niveaux minimaux de pension. Mais elles passent par une large diversité de moyens d’action et concernent des situations démographiques et économiques et des systèmes de retraite très différents. Du point de vue démographique, le taux de fécondité s’élevait en 2016 à 1,6 enfant par femme dans l’Union européenne, loin des 2,1 qui assureraient le renouvellement de la population. Il était de 1,3 en Espagne et de 1,9 en Suède et en France. En Slovaquie, 14 % de la population a 65 ans et plus. La proportion des seniors monte à 22 % en Italie, la France se situant dans la moyenne avec 19 %. Elle devrait continuer d’augmenter sous le double effet de la chute de la natalité et de l’accroissement de l’espérance de vie, notamment dans les nouveaux États membres qui devraient rattraper les plus anciens. Pour contrebalancer cet effet démographique, les États membres de l’Union ne peuvent pas s’appuyer sur une croissance économique forte. Le produit intérieur brut (PIB) par habitant calculé en standard de pouvoir d’achat (voir graphique) variait en 2018 de 1 pour les Bulgares à plus de 5 pour les Luxembourgeois, les Français se situant à un peu plus de 2, dans la moyenne européenne. La comparaison avec la situation de 2007, avant la crise économique, montre de fortes baisses du pouvoir d’achat, particulièrement dans les pays les plus pauvres, et une stagnation dans les autres. Onze ans après, l’Union européenne avait retrouvé son niveau de 2007, les pays les plus touchés l’ayant souvent dépassé. Mais de nombreux états membres, dont la France, ne l’avaient pas encore retrouvé.

 

Trois grands modèles

Chaque pays possède son propre système de retraite évolutif, fruit de son histoire, de sa sociologie, des influences subies. Trois grands modèles contribuent à dessiner la carte de l’Europe.

Le « modèle Bismarck » (vert sur la carte) s’est répandu en Europe continentale, y compris à l’Est avant la période soviétique. Il se caractérise par une organisation à base professionnelle et des prestations calculées en fonction du salaire et de la durée de carrière. Les pays « bismarckiens », dont la France, comptent généralement un régime général et des régimes spéciaux plus ou moins nombreux. Ceux-ci concernent le plus souvent la fonction publique ainsi que des professions anciennes et particulières telles que celles des marins, des mineurs, des cheminots. La tendance est à la réduction du nombre de régimes et parfois à leur harmonisation.

Le « modèle Beveridge » (jaune sur la carte) a fait école surtout dans l’Europe du Nord. Il assure à la population une couverture uniforme et plutôt faible, en fonction de la durée de l’activité professionnelle (Royaume-Uni, Irlande), ou de la résidence dans le pays (pays scandinaves et Pays-Bas). La faiblesse de cette retraite gérée par l’État a entraîné un développement important des régimes complémentaires d’entreprise, de branche, nationaux et, dans les pays scandinaves, la création d’un deuxième étage public professionnel reflétant les revenus de la carrière, le régime « beveridgien » d’origine devenant une sorte de minimum garanti de pension.

Le « modèle chilien » (orange sur la carte), prôné par la Banque mondiale, a influencé les nouveaux États membres : une partie des cotisations obligatoires au régime de base sont confiées par l’assuré à un gestionnaire privé gérant en capitalisation. La crise financière de 2008 a porté un coup sévère à ce modèle, les États rapatriant dans le régime de base en répartition tout ou partie des cotisations affectées à ces fonds de pension.

 

Relèvement des âges de retraite

L’âge et le taux d’activité constituent des variables clés. Les nouveaux États membres, qui connaissaient des âges de départ à 55 ans pour les femmes et 60 ans pour les hommes, poursuivent et parfois accélèrent l’alignement des conditions de départ des femmes sur celles des hommes et la remontée de l’âge de la retraite vers 65 ans. Les anciens États membres sont pour la plupart à 65 ans ou plus et envisagent de poursuivre le relèvement en fonction de l’évolution de l’espérance de vie. Seule la Pologne va à contrecourant. Alors qu’elle avait entrepris d’aligner l’âge de la retraite des femmes sur celui des hommes et de passer à 65 ou 66 ans en 2019 et 67 ans en 2021, elle est revenue à 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes. Afin d’encourager le travail au-delà de l’âge légal, des « surcotes » sont créées et des droits supplémentaires sont attribués. Le cumul emploi-retraite offrant la faculté d’augmenter ses droits à retraite est développé. En sens inverse, les possibilités de retraite anticipée existent dans la plupart des pays, mais avec des conditions de plus en plus restrictives. Les invalides, les chômeurs de longue durée, les professions pénibles et insalubres bénéficient également de dispositions spécifiques le plus souvent.

Les réactions face à la crise

La crise a entraîné une baisse du pouvoir d’achat des retraités du fait de la non- revalorisation des pensions dans de nombreux pays, voire de baisses pouvant aller de 10 à près de 50 % dans le secteur public grec. L’amélioration de la situation économique permet maintenant le retour à une indexation sur les prix ou sur un mixte salaires-prix.