RGCU, pour une retraite plus simple, plus efficace et mieux préparée

Jean-Jacques Marette, directeur général honoraire de l’Agirc-Arrco, est aujourd’hui en charge de piloter la mise en œuvre du répertoire de gestion des carrières unique (RGCU), en coordination étroite avec la Direction de la Sécurité sociale, le GIP Union Retraite, la Cnav – opérateur principal du projet –, l’Agirc-Arrco et l’ensemble des régimes de retraite. Il détaille pour nous l’état d’avancement de ce méga chantier.

En quelques mots, qu’est-ce que le RGCU ?

Jacques Marette : C’est un projet de répertoire unique, partagé entre tous les régimes de retraite obligatoires, où seront inscrites à terme les données de carrière de l’ensemble des Françaises et des Français. Le RGCU est ainsi conçu pour se substituer progressivement aux répertoires carrière des 42 régimes de retraite existants. À l’origine simple amendement visant à moderniser l’entrepôt de données de la Cnav, déposé dans la loi de 2010 sur la réforme des retraites, le projet RGCU a gagné en importance et rallié tous les régimes, au fil des années, pour devenir la colonne vertébrale d’un service commun des retraites beaucoup plus simple, efficace et réactif.

Justement, quels sont les bénéfices attendus pour les assurés ?

J.-J. M. : Avec le RGCU, le droit à l’information, donc la capacité d’anticiper et de préparer sa retraite, devrait faire un saut qualitatif considérable. Ce répertoire intégrera en un lieu unique des données professionnelles et civiles aujourd’hui éclatées entre les différents régimes auxquels on a cotisé. Il permettra une comptabilisation et une fiabilisation au fil de l’eau, année après année, mois après mois, de tous les événements impactant sa retraite – changement d’activité, de statut, expatriation, pénibilité, chômage, maladie, naissance... Le RGCU ouvre ainsi la voie à une information beaucoup plus précise et réactive, tout au long de sa carrière.

Il rend donc possible de nouveaux services aux assurés…

J.-J. M. :Parfaitement, comme par exemple un outil de simulation de sa retraite ou encore la possibilité de bénéficier d’un conseil personnalisé à chaque changement important dans sa situation. Aujourd’hui, notamment, la naissance d’un enfant n’est prise en compte, dans le calcul de ses droits, qu’au moment de la liquidation. Dans le RGCU, elle sera répertoriée sans délai, donnant aux mères une vision beaucoup plus pertinente de leur future pension. Chacun disposera ainsi d’outils et d’informations pour mieux préparer sa retraite, dès son entrée dans la vie active, afin d’intégrer cette dimension dans ses choix professionnels ou personnels.

Quels sont les autres bénéfices du RGCU ?

J.-J. M. : Toute rectification apportée dans le RGCU vaudra pour tous les régimes. Il n’y aura plus de données discordantes d’une caisse à l’autre, avec les retards de traitement et le stress que cela peut induire au moment du départ en retraite. Dès lors que les données sont communes, fiabilisées et validées au fil de l’eau, la liquidation de retraite devient beaucoup plus simple et plus rapide. De surcroît, avec un seul référentiel carrière au lieu de 42, les régimes devraient réaliser des économies de gestion significatives, tout en assurant un meilleur service. À condition de bien appréhender toutes les dimensions du changement (SI, métiers, RH...), la mutualisation inter-régimes constitue un levier efficient pour faire mieux à moindre coût.

Quelles sont les conditions pour parvenir à cette efficience, à cette simplicité ?

J.-J. M. : La simplicité est souvent ce qu’il y a de plus complexe à mettre en œuvre. En l’occurrence, il s’agit d’harmoniser les réglementations, les processus métiers, d’intégrer les modes de calcul en points et en trimestres de 42 régimes différents, et de rapprocher des millions de données carrières – à commencer par celles de la Cnav et de l’Agirc-Arrco. À plus long terme, l’enjeu est le suivant : que le gestionnaire d’un régime puisse, au nom de tous les autres, actualiser votre carrière dans le RGCU, ou encore traiter entièrement votre demande de retraite. C’est le principe du « faisons-le-une fois », qui requiert une co-responsabilité entre les régimes, avec un mode d’action et un engagement de service communs, une formation et un accompagnement des gestionnaires pour qu’ils puissent opérer dans un univers inter-régimes. Le « faisons-le-une fois » implique également la construction d’une sphère de confiance, réunissant régimes de retraite et organes de vérification (agences comptables, Cour des comptes...) autour d’un socle commun de procédures de contrôle et de certification.

Où en est le RGCU aujourd’hui ?

J.-J. M. : Nous avons franchi avec succès, en juillet, une étape décisive avec la migration vers le RGCU de la base de données carrières d’un premier régime : la CRPCEN – la Caisse de retraite des clercs et employés de notaire. Suivra, en 2020, la migration des données du SNGC (Système national de gestion des carrières), base de données de la Cnav, puis celle de la CAVIMAC – la Caisse de retraite des cultes. Pour garantir la continuité de ses prestations, la Cnav continuera, dans un premier temps, d’opérer sur son SNGC, tandis qu’une copie du système sera chargée dans le RGCU, visible des autres organismes sociaux. C’est, dans notre jargon, la « vision 2 ». La bascule définitive – ou « vision 3 », faisant du RGCU le seul référentiel carrières du régime – interviendra pour la Cnav en 2020. D’ici à la fin 2022, l’ensemble des 42 régimes se raccrochera au RGCU, avec une échéance en 2021 pour l’Agirc-Arrco et ses 31 millions d’assurés. Le RGCU sera donc entièrement déployé à l’horizon 2023.

Quel rôle joue l’Agirc-Arrco dans cette grande migration ?

J.-J. M. : En tant que maître d’œuvre du projet, la Cnav développe et produit les briques du RGCU. L’Agirc-Arrco qualifie ces briques et les intègre dans un environnement cohérent, en phase avec les processus métiers des différents régimes. Ses équipes sont aussi là pour accompagner chaque régime – en particulier les plus petits – tout au long de la phase de migration des données. Après avoir mené à bien la fusion de 47 régimes en 70 ans, et de 40 plateformes SI en 15 ans, l’Agirc-Arrco dispose d’une expérience et d’une expertise des grands projets de convergence qui nous est aujourd’hui précieuse.

Comment s’articule le RGCU avec la création du régime universel des retraites annoncé par le gouvernement ?

J.-J. M. : Que ce soit dans la logique inter-régimes actuelle ou dans le futur système universel des retraites, le RGCU sera le socle de base unifiant les données professionnelles, à partir duquel peut se construire un service des retraites plus simple, efficace, proactif et personnalisé, tout au long de la carrière.