Vieillissement : l’Union européenne lance une consultation publique et ouvre des pistes de réflexion

Le livre vert sur le vieillissement publié par la Commission européenne le 27 janvier 2021 ouvre, par une consultation publique, un débat global sur le bouleversement démographique des sociétés européennes et ses conséquences. Celui-ci a lieu dans le contexte de la crise sanitaire et ses enjeux économiques, sociaux et sociétaux encore incertains

« En tant qu’Européens, nous vivons de plus en plus longtemps et nous vieillissons chaque année un peu plus. » C’est sur la base de ce constat que le livre vert « Sur le vieillissement : promouvoir la solidarité et la responsabilité entre générations » est proposé par la commissaire chargée du portefeuille « Démocratie et démographie » Dubravka Šuica.Les répercussions du vieillissement sur la croissance économique, la viabilité budgétaire des systèmes de protection sociale, sur l’accès aux soins et sur la cohésion sociale prennent une dimension nouvelle dans le contexte de la crise sanitaire traversée par l’Europe. Des changements majeurs impliquent, selon la Commission européenne, une réponse ambitieuse de la part des États européens contraints de trouver des solutions durables. Déterminer les actions publiques des États face au vieillissement est l’un des objectifs initiés par la Commission européenne.

DES RÉALITÉS DIFFÉRENTES SELON LES RÉGIONS

Selon le livre vert, une des premières pistes à creuser concernerait le vieillissement actif et en bonne santé car celui-ci a une incidence positive sur le marché du travail, les taux d’emploi notamment des plus de 55 ans et la soutenabilité des systèmes de protection sociale. On sait que les habitudes de consommation, de nutrition, ainsi que les niveaux d’activité physique et sociale à tout âge ont des répercussions directes sur la croissance et la productivité de l’économie.
Par ailleurs, dans les régions rurales à faible densité de population, le défi est de proposer un accès à une éducation et une formation de qualité, l’égalité d’accès aux services numériques, y compris pour les plus jeunes, ainsi qu’aux soins de santé.
Dix-sept questions sont soulevées dans les quatre chapitres du livre vert. Les propositions apportées répondent à des réalités bien différentes d’une région européenne à l’autre.

1. Poser les fondations : s’appuyant sur les concepts de vieillissement actif et en bonne santé et l’apprentissage tout au long de la vie, la Commission européenne veut cibler les questions de prévention de la santé, de l’enfance à l’âge adulte, sur le modèle des programmes européens existants (lutte contre le cancer, contre la démence) mais aussi les questions d’éducation des jeunes exclus du numérique, et d’éducation tout au long de la vie.
2. Tirer le meilleur parti de notre vie professionnelle : des sujets multiples sont ici explorés relatifs à l’emploi des plus de 55 ans, celui des femmes, mais aussi à l’économie dite « des seniors ». La question des territoires est aussi posée au travers des besoins en infrastructures et en services numériques, essentiels aux télétravailleurs.
3. Nouvelles opportunités et nouveaux défis en matière de retraite : la difficulté de maintenir des systèmes de retraite « adaptés, équitables et viables » dans une société vieillissante est un thème examiné de longue date par la Commission européenne. Celle-ci plaide pour l’allongement de la vie professionnelle dans des conditions à la fois matérielles et culturelles adaptées comme l’ont réussi certains États européens essentiellement du nord de l’Europe.
4. Répondre aux besoins croissants d’une population vieillissante : la Commission européenne veut couvrir les enjeux de cohésion intergénérationnelle, de rénovation urbaine, d’accessibilité des transports, des soins ainsi que l’ensemble des problématiques liées à la prise en charge du grand âge (infrastructures, qualité, coût, attractivité des emplois).

Le vieillissement actif, une notion à cerner

La notion de vieillissement actif a fait son apparition à la fin des années 90. Elle a conduit à une nouvelle stratégie d’action publique qui a porté ses fruits dans les pays du nord de l’Europe. Elle correspond à « une gestion des parcours et des temps sociaux avec l’avancée en âge, et non plus à une gestion par l’âge des populations », selon Anne-Marie Guillemard, sociologue. « Cette stratégie rompt résolument avec la logique de segmentation par l’âge et de cloisonnement des activités à chaque âge qui prévalait antérieurement dans le modèle du cours de vie à trois temps de l’ère industrielle. Dans ce modèle, la vieillesse était spécialisée dans le repos et le loisir, l’âge adulte était productif et les jeunes se formaient. Mais ce modèle ne vaut plus dans le cadre d’une économie de la connaissance dans laquelle les parcours de vie sont devenus flexibles et individualisés (…). Les temps sociaux, au lieu d’être spécialisés pour chaque âge, s’interpénètrent étroitement à chaque âge. Le temps libre, la formation, le chômage viennent se loger dans le temps de travail qui s’est lui-même fragmenté. Le cours de la vie professionnelle est désormais fait de multiples transitions et d’allers retours incessants entre travail, formation, non-travail (congés parentaux d’éducation, par exemple) ou chômage. Nous assistons donc à un nouvel enchevêtrement des temps sociaux, tout au long de parcours de vie plus flexibles et également plus diversifiés d’un individu à l’autre, ainsi qu’à un brouillage des âges. »

Anne-Marie Guillemard, Revue-retraite-et-société 2013-2, page 17.

Une augmentation de l’espérance de vie

En 2070, selon les projections, l’espérance de vie à la naissance au sein de l’UE devrait atteindre 86,1 ans pour les hommes et 90,3 ans pour les femmes.